Narcotrafic : il est temps de changer de stratégie

Expression personnelle

 

Narcotrafic : il est temps de changer de stratégie

Le constat est alarmant : 110 morts en 2024, une violence qui explose, des réseaux qui gangrènent désormais l’ensemble du territoire. Face à cette réalité, la réponse publique reste largement inadaptée.

Une économie criminelle qui prospère

Le narcotrafic n’est plus ce qu’il était il y a vingt ans. Les réseaux se sont industrialisés, professionnalisés, internationalisés. Pourtant, notre réponse reste figée dans une logique du tout-répressif qui montre chaque jour ses limites. Le budget consacré à la lutte antidrogue a quadruplé en cinq ans pour atteindre 2 milliards d’euros… mais 80% des procédures concernent toujours de simples usagers. Un consommateur de cannabis est interpellé toutes les quatre minutes en France.

Cette dispersion des moyens nous empêche de frapper là où cela ferait vraiment mal : les circuits financiers, les patrimoines criminels, le sommet des réseaux. Tant que cette économie parallèle prospérera, elle continuera de se redéployer partout, de recruter des jeunes en situation de fragilité, de générer une violence qui nous horrifie tous.

 

Des outils du XXIe siècle pour des défis du XXIe siècle

Les priorités des politiques publiques devraient s’orienter vers le démantèlement des réseaux en profondeur. Cela suppose des services d’enquête correctement dotés, des analystes financiers, des magistrats spécialisés en nombre suffisant, des outils technologiques à la hauteur. On ne combat pas des organisations criminelles ultrasophistiquées avec des moyens datant de 2005.

La loi sur le narcotrafic adoptée en juin dernier comporte des avancées que nous avons soutenues : protection des repentis, confiscation des biens injustifiables, création d’un parquet national. Mais elle présente aussi des angles morts préoccupants. Rien sur la prévention, rien sur la santé publique, rien sur l’accompagnement des jeunes vulnérables. Et des dispositions liberticides inquiétantes : surveillance numérique étendue, blocages administratifs sans juge, procédures « coffre » qui affaiblissent le contradictoire.

 

La santé publique, parent pauvre de notre stratégie

Nous refusons l’opposition stérile entre fermeté et pragmatisme. Investir massivement dans la prévention, la réduction des risques et l’accompagnement sanitaire n’est pas du laxisme : c’est la condition pour tarir durablement le marché criminel. Comment peut-on prétendre protéger nos enfants si l’on n’investit rien dans les politiques de jeunesse et les quartiers populaires ?

Les « opérations place nette » illustrent cette impasse : près de 500 déploiements massifs pour des saisies dérisoires et l’arrestation de petites mains remplacées en quelques heures. Pendant ce temps, les réseaux prospèrent et les territoires s’épuisent.

 

Sortir des caricatures

Quand le Président fustige les « bourgeois des centres-villes », il entretient une vision datée de la réalité. Le narcotrafic touche tous les territoires, toutes les catégories sociales. Mais les inégalités face à la drogue sont massives : produits de qualité variable, accès différencié aux soins, traitement judiciaire à géométrie variable selon l’origine sociale. Pour certains travailleurs, la cocaïne est devenue un moyen de tenir des cadences intenables.

Arrêtons les boucs émissaires et regardons la réalité en face. Construisons enfin une politique à la hauteur : efficace contre les réseaux, respectueuse des libertés, attentive à la santé publique.

 

Nous ne pouvons plus attendre.

L’assassinat de Medhi Kessaci à Marseille, tué parce qu’il était le frère du militant écologiste engagé contre le narcotrafic Amine Kessaci, nous rappelle brutalement le prix que certains paient pour leur engagement citoyen et politique. Quand s’engager pour sa ville, pour son quartier ou ses convictions devient une condamnation à mort pour soi ou ses proches, c’est la République elle-même qui est menacée. Nous leur devons, à lui et à toutes les victimes, un véritable changement de cap. C’est possible. C’est nécessaire et c’est urgent.

 

Marie-Claire THOMAS,

Conseillère régionale

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Fiona Anderwood