
Nous qui habitons dans et autour des montagnes des Vosges, nous ne voyons pas le lynx comme une curiosité, pas comme un symbole pittoresque de nos forêts vosgiennes mais peut-être comme un miroir.
Car ce félin discret, qui arpente nos massifs nous dit quelque chose d’essentiel : nous sommes des êtres vivants parmi d’autres êtres vivants, inscrits dans un réseau dont chaque fil compte.
Le lynx régule les populations de cervidés. Les cervidés façonnent la végétation. La végétation nourrit les sols. Les sols purifient nos eaux que nous allons boire.
Une forêt sans prédateur, c’est une forêt surbroutée, des sols compactés, et une eau qui se charge en sédiments — notre eau, celle de nos sources, de nos captages, de nos rivières de Haute-Saône et d’Alsace et de plus loin encore, en aval.
Et pourtant, ce gardien discret est aujourd’hui classé en danger sur la liste rouge de l’UICN, protégé par la directive européenne Habitats — mais fragile, très fragile. Sa population est faible, morcelée. Chaque année, des lynx meurent sur nos routes, nos autoroutes, nos voies ferrées. Nos forêts, découpées par les infrastructures, deviennent des îlots où les noyaux de population des lynx ne peuvent plus se rejoindre et s’affaiblissent.
Des lors, la protection du lynx est urgente et importante. L’éducation à la nature est essentielle.
Parce que quand le lynx ou tout autre espèce disparaît, ce n’est pas seulement une perte pour la biodiversité. C’est un avertissement. La chaîne du vivant se déchire un peu plus. Et dans ce déchirement, il y a une part de notre propre avenir qui s’effiloche.
Le Muséum National d’Histoire Naturelle l’a documenté : nous devons défendre les corridors écologiques, les passages à faune, une protection maintenue fermement, sinon, le lynx boréal d’Europe occidentale disparaîtra à long terme. Nous, habitants des Vosges Saônoises, de la Haute-Saône, de l’Alsace, nous sommes usagers de cette nature, nous la connaissons et l’aimons profondément. Pour nous, ce n’est pas un décor. C’est notre territoire de vie. Nous voulons voir perdurer cette forêt et tout l’écosystème dans lequel nous vivons, travaillons, pour nous mais aussi et nos enfants petits enfants et les générations futures.
Nous ne sommes pas au-dessus du vivant. Nous en sommes une expression. Un maillon et qu’il est encore temps de choisir — collectivement — de ne pas en rompre la chaîne.
Marie-Claire THOMAS,
Conseillère régionale
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