
Monsieur le Président, Mes cher·e·s collègues,
Nous examinons aujourd’hui une feuille de route qui, en apparence, pourrait sembler technique. Elle parle de culture scientifique, de médiation, de coopération entre acteurs. Mais en réalité, elle touche à quelque chose de bien plus fondamental : la manière dont nous construisons notre rapport collectif à la vérité, à la connaissance, et donc à la démocratie elle-même.
Car derrière ce document, il y a une question simple mais décisive : sur quoi voulons-nous fonder nos décisions publiques ? Sur des faits établis, sur des données vérifiées, sur des connaissances construites dans le temps… ou sur des impressions, des intuitions, des discours parfois séduisants mais déconnectés de la réalité ?
Nous vivons une époque paradoxale. Jamais l’accès à l’information n’a été aussi large, aussi immédiat, aussi massif. Et pourtant, jamais la frontière entre savoir, opinion et croyance n’a été aussi brouillée. La crise sanitaire l’a montré avec force. Les débats sur le climat, sur l’énergie, sur la santé publique le confirment chaque jour.
C’est dans ce contexte que certains opposent la parole politique dite “proche du terrain”, le bon sens, à la parole scientifique, présentée comme distante ou technocratique. Je crois profondément que cette opposition est une impasse.
Cette feuille de route propose de faire vivre la science comme un espace de dialogue. Elle affirme que la science et la société ne sont pas deux mondes séparés, mais les deux faces d’un même projet collectif.
Lorsqu’on ne comprend pas, lorsqu’on n’est pas associé, lorsqu’on a le sentiment que les décisions se prennent ailleurs, sans nous, alors le doute s’installe, puis la contestation. À l’inverse, lorsque la science se partage, lorsqu’elle se discute, lorsqu’elle s’incarne dans des rencontres humaines, elle redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un outil d’émancipation.
Cette ambition est particulièrement forte lorsqu’il s’agit des jeunes. Les jeunes s’intéressent aux sciences, notamment lorsqu’elles éclairent des enjeux concrets comme le climat ou la biodiversité. Développer l’esprit critique n’est pas un luxe, c’est une nécessité.
L’une des forces de cette feuille de route est justement de reconnaître les inégalités d’accès à la culture scientifique, notamment dans une région comme la nôtre, marquée par une forte ruralité. Trop souvent, l’offre se concentre autour des pôles universitaires, laissant de côté celles et ceux qui en sont éloignés. Le choix qui est fait ici est clair : aller vers les publics, multiplier les actions de proximité, rendre la science accessible partout, et à toutes et tous.
Mais cette transformation ne concerne pas seulement les citoyen·ne·s. Elle concerne aussi les acteurs de la recherche eux-mêmes. Produire de la connaissance ne suffit plus ; il faut aussi la rendre vivante et partageable.
Mes cher·e·s collègues, si ce texte est important, c’est aussi parce qu’il s’inscrit dans un contexte politique plus large. Nous voyons se développer, ici et ailleurs, des discours qui prospèrent sur la défiance : défiance envers les institutions, envers la science. Ces discours peuvent sembler séduisants parce qu’ils simplifient le réel. Mais ils affaiblissent notre capacité collective à comprendre le monde et à agir.
Opposer le bon sens aux faits, opposer le peuple aux chercheurs, opposer l’émotion à la connaissance, ce n’est pas renforcer la démocratie. C’est la fragiliser.
C’est pourquoi le choix que nous faisons aujourd’hui est un choix profondément politique. Nous affirmons enfin que l’intelligence collective vaut toujours mieux que les certitudes rapides.
Je vous remercie.
Eric OTERNAUD
Conseiller régional, délégué à la conversion écologique de l’économie, des emplois verts et de l’économie sociale et solidaire
6 mai 2026
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