Cher Président, chers collègues,
Avant d’entamer cette session, je souhaite revenir également sur la dermatose nodulaire qui secoue profondément notre Région et qui fera, par ailleurs, l’objet d’un débat lors de cette Assemblée.
Suite à l’abattage dans le Doubs de 83 vaches toutes vaccinées et dont seules certaines étaient positives à la maladie, la gestion sanitaire de cette infection émergente soulève de nombreuses questions. Et il est bien légitime de s’en emparer politiquement, fort heureusement.
Cet événement montre l’absence de prise en compte des éleveurs et des éleveuses et de leur vécu. Les professionnels appellent pourtant à une gestion sanitaire qui soit digne, c’est-à-dire en concertation avec le monde agricole pour préserver la vie, celle des bêtes, comme le métier d’éleveur.
Nous savons que cette contagion, arrivant d’Afrique du Nord via l’Europe du Sud, est favorisée par le réchauffement climatique, la multiplication des échanges internationaux d’animaux vivants, ainsi que par la standardisation génétique qui provoquent l’affaiblissement des organismes des animaux.
Plutôt que l’application de solutions brutales systématiques qui n’obtiennent pas, en plus, l’effet recherché à long terme, l’heure est à présent de prévenir, contenir et nous adapter à des situations nouvelles mais aussi écouter, concerter et expérimenter avec les principaux concernés.
Arrêtons d’ajouter des facteurs de fragilisation à une profession qui cumule les vulnérabilités ; que ce soit le climat, la concurrence déloyale liée aux traités de libre-échanges ou encore la pression de l’agro-industrie ; et soyons à leurs côtés pour revoir le classement européen de la dermatose nodulaire, situation qui polarise le débat.
Dans l’urgence et face à cette détresse, notre majorité est pro-active. Le budget 2026 prévoit une aide financière pour participer à la reconstitution des cheptel touchés par l’infection.
Evidemment, cette mesure réparatrice n’exclut pas qu’on en finisse avec des pratiques autoritaires du tout ou rien ! Encore une crise qui appelle modération et sagesse comme dans d’autres domaines par ailleurs.
Cette tragédie donne d’autant plus de force à l’orientation stratégique évoquée régulièrement dans cette assemblée : réparer-protéger-préparer l’avenir.
Nous pouvons légitimement nous inquiéter quand on s’apprête à voter un budget régional dans le flou et dans l’incertitude du contexte national.
Ce budget n’est pas vraiment le nôtre mais le résultat des contraintes gouvernementales qui nous sont imposées avec leur lot de restrictions budgétaires et leur refus d’intégrer la dette écologique. 55 millions d’euros de contribution régionale au redressement des comptes public de l’Etat, c’est rude !
Malgré les efforts qui s’imposent à nous, nous ferons tout pour maintenir en Bourgogne-Franche-Comté un budget de combat pour la solidarité régionale et la justice environnementale.
D’autant plus quand l’histoire s’accélère avec deux enjeux de fond.
– D’une part les mutations liées au changement climatique et à la perte de ressources naturelles, qui questionnent notre façon d’habiter les territoires ;
– D’autre part la place du numérique dans notre quotidien qui implique des mécanismes de protection de notre environnement et de nos droits fondamentaux.
Le développement effréné et aventureux du numérique nécessite de déployer des infrastructures voraces en ressources, en matières premières, en énergie et en données personnelles. Je n’y reviens pas.
Ce qui nous intéresse à cet instant, c’est de savoir comment nous allons réguler et maintenir un contrôle démocratique du numérique pour le mettre au service de l’intérêt général, de la transition écologique et de la justice sociale.
Nous pouvons alors être satisfaits de présenter, lors de cette Assemblée plénière, une stratégie régionale du numérique responsable qui contribuera, à notre échelle, à ne pas sacrifier nos droits individuels et notre souveraineté collective sur l’autel d’une technologie hors-contrôle comme l’intelligence artificielle générative.
Cette stratégie numérique régionale dotée de mesures de sobriété énergétique, de réemploi, de garde-fou pour les métiers de la création et de lutte contre la désinformation a donc un double objectif : faire d’une technologie un outil d’émancipation et prévenir d’une dérive évidente, celle d’être une arme de domination.
Si nous pouvons être fiers de cette stratégie, fruit d’un travail collectif et partagé où les écologistes ont pris toute leur part, la vigilance reste de mise. Au fur et à mesure de l’accélération technologique, nous devrons garantir le cadre démocratique, souverain et sobre de nos usages.
Nous sommes, une nouvelle fois, en phase en les attentes des citoyens. Contrairement au récit d’apprenti sorciers dans lequel le virtuel devient la norme, les citoyen-nes européen-nes mettent la priorité sur des choses bien concrètes : le logement, la santé et l’agriculture. Et en cas de pénurie énergétique, ils placent bien loin derrière l’approvisionnement des datacenters soutenu seulement par 4% de la population sondée.
Je me dis ainsi que l’ensemble de nos priorités politiques inscrites dans le budget 2026 sont pertinentes : la sanctuarisation du budget de la culture ainsi que du monde associatif et de la jeunesse, la rénovation énergétique des logements sociaux, le déploiement des ENR, la tarification sociale des cantines avec de plus en plus de produits bios et locaux ; ou bien encore les innovations sociales en matière d’alimentation comme la Sécurité Sociale de l’Alimentation. Voilà qui répond à une demande forte : prendre soin de chacun, refabriquer de l’espoir et de la liberté.
Je vous remercie
Claire MALLARD,
Présidente du groupe Écologistes & Solidaires
Majorité régionale
17 décembre 2025
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