Cher Président, cher·e·s collègues,
Notre groupe se joint évidemment aux hommages fait à François Patriat.
Dans nos sociétés de l’immédiateté, un évènement chasse l’autre, le scandale du jour efface le souvenir de celui de la veille… Et pourtant dans ce monde ou tout tend à nous donner une mémoire de poisson rouge, il devient impossible d’ignorer que l’été de tous les record nous fait basculer dans une nouvelle ère.
Une nouvelle ère qui mériterait, entre autre, de remettre l’expression démocratique et la promesse républicaine de l’égalité des chances au cœur du contrat social.
Quand les jeunes expriment leur angoisse à s’insérer dans l’avenir et le droit à la dignité d’avoir les mêmes chances d’étudier, c’est évidemment cela que le pouvoir devrait entendre en premier lieu !
Eh bien non, les jeunes lycéen·ne·s ont eu droit au degré 0 de l’écoute démocratique avec une réponse de l’État qu’on pourrait résumer ainsi : « j’ai une police forte, je peux vous contenir et non je ne cherche pas à pacifier les foules ! Il y a quoi s’indigner quand on s’adresse à des enfants et que le maintien de l’ordre n’est en rien contenu ! Cela d’autant plus, quand les manifs lycéennes ne sont en rien une menace pour la République, pour un pouvoir affaibli, ça c’est autre chose !
Quant aux commentaires paresseux focalisés essentiellement sur des débordements violents que tout le monde condamne par ailleurs, plutôt que trouver des solutions à des vies volées, les jeunes certes, mais pas que, pensons aussi aux prisonnières et prisonniers de la flambée des carburants, aux agriculteurs, aux artisans, dites-vous bien tous que les exigences sociales d’écoute font leurs retours dans la société.
« Aux dirigeants d’aujourd’hui, émettez dans les lois et dans les mœurs plus d’humanité qu’il se peut pour la retrouvez, et vous prolétaires souvenez-vous que la cruauté est un reste de servitude car elle atteste que la barbarie du régime oppresseur est encore présente en vous ».
Cette citation de Jean Jaurès illustre comment nos concitoyens peuvent être traversés par les maux de la société : celle des multiples transformations qui nous mettent toutes et tous à l’épreuve !
L’exercice politique réside alors en notre capacité à construire des digues solides pour mettre en discussion les paramètres d’une distribution équitable des ressources.
Quand une société ferme la porte à ses jeunes, qu’elle occulte les 8000 morts dû à un été brûlant qui n’en finit pas, quelle société voulons-nous ?
Comme pour l’éducation, nous devons à nos concitoyen·ne·s une qualité de débat démocratique car ils et elles sont inquiet·e·s des conséquences climatiques pour leur santé, pour leur conditions de travail et de vie tout simplement.
Durant l’été caniculaire de 2022, nous étions au bord du précipice, en 2026, on saute dedans ! Record de chaleur, méga feux ravageurs, enchainement des canicules, sècheresses à répétition et ses conséquences sur l’eau, à Lormes dans la Nièvre 1300 personnes n’ont plus accès à l’eau potable, dans le Doubs l’eau a été coupée dans certaines communes. Je n’oublie pas, les 200 maisons détruites, près de Besançon, par des grêlons de la taille d’une balle de tennis, la faune et flore sauvages dévastées, quant au monde agricole, toutes filières confondues, les rendements s’effondrent !
Le coût de ces extrêmes climatiques : entre 10 et 30 milliards d’euros, et c’est amené à se répéter !
Il faut dire que nous ne sommes pas aidés par les marchands de doute qui participent à la fabrique du mensonge et nous font perdre du temps. Une médaille pour Monsieur Odoul qui n’a eu de cesse de répéter que le GIEC exagère ! Vous étiez bien empêtré cet été.
Je m’inscris dans vos propos Président : quand le sage montre la lune, l’idiot regarde son doigt, et j’ajouterais bien qu’en plein burn-out climatique, quand nos forêts brûlent, il regarde les écologistes ! Risible.
Pas mieux du côté des gouvernements successifs depuis 10 ans qui font de l’écologie une variable d’ajustement budgétaire ! Exemple concret, si nos lycées de Bourgogne-Franche-Comté sont salubres, nous n’avons cependant pas besoin que l’Etat nous fasse les poches mais qu’il soit à nos côtés pour accélérer la rénovation thermique car, c’est vrai, il reste à faire, et il faut en avoir les moyens !
En 2021, l’adoption de la reconnaissance de l’Etat d’urgence climatique en Bourgogne-Franche-Comté a marqué un tournant : nous avons choisi l’anticipation, la prévention plutôt que de gérer des crises ou de mettre des pansements sur des jambes de bois.
Cette lucidité est la condition même de notre liberté. Nous traçons une route sûre tel un navigateur qui avance, non pas parce qu’il supprime les vents et les marées dont il dépend, mais parce qu’il les connaît alors il peut choisir son cap !
Le cap que nous avons choisi est bien celui de la prospérité écologique et de la solidarité régionale.
Nous pouvons être fièr·e·s ne jamais avoir sacrifié la transition sous le poids de l’austérité budgétaire. Grâce aux incitations écologiques de nos aides aux bâtiments, dont le confort et la fraîcheur d’été, les écoles rénovées n’ont pas été fermées. Les maires nous ont témoigné leur satisfaction. Alors continuons.
En juin 2025, Marie-Guite Dufay a eu le courage de rouvrir le dossier du financement des lignes de proximité parce qu’elle a entendu l’appel des usagers à les maintenir.
Depuis, Président, vous vous êtes battu, avec le soutien sans faille de la majorité, pour qu’une réponse robuste à la flambée structurelle des prix des carburants s’organisent dans les territoires. Cette mobilisation a payé, les engagements sont tenus !
C’est vrai, le chemin est encore long pour que toutes les lignes soit définitivement sauvées. Mais d’une part nous sommes endurants et d’autre part animés par la conviction que nos choix soient les garants d’une autonomie retrouvée pour les années à venir. C’est une construction dans le temps.
Pour conclure, quand les énergies fossiles nous précarisent, que les forêts brûlent, que l’eau est rare et que les rendements agricoles s’effondrent, les responsables politiques sont à l’image de randonneurs qui décideront des itinéraires à prendre.
L’été brûlant nous rappelle que plus le temps passe plus le nombre d’itinéraires praticables se réduit. Les écologistes ne capituleront jamais ! C’est même notre raison d’être car notre responsabilité est d’éviter que seuls demeurent les sentiers les plus durs qui ne sont pas accessibles à tous.
Claire MALLARD,
Présidente du groupe Écologistes & Solidaires
Majorité régionale
29 octobre 2026
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